Dieu existe, ils l'ont rencontré !

Le mouvement évangélique

27 février 2013

Marc

Un grand hebdomadaire français a posé un certain nombre de questions à Pierre Lefebvre, de Primo Europe sur la réalité du mouvement évangélique en France . Ne sachant l'usage qui sera fait de cette interview, nous vous la livrons ci-après dans son intégralité.

D'après quelques enquêtes, il y a en France 830.000 évangéliques pratiquants, ce chiffre est-il surévalué?

Pas du tout. En 1985, il y avait 400.000 protestants réformés (ou supposés tels, mais 80.000 fidèles pratiquants leur foi), et déjà plus de 600.000 évangéliques. Si l’on suppose un taux de croissance des évangéliques de 10 % par an, ce qui est une hypothèse basse, ces chiffres sont tout à fait plausibles.

Depuis quand le mouvement évangélique s'est-il installé en France?

Nous pourrions dire que les premiers « évangéliques » sont venus en France juste après la Réforme avec les anabaptistes. C’est un mouvement prônant la responsabilité individuelle dans l’acte de conversion au Christianisme. Les anabaptistes refusaient le baptême des enfants et encourageaient le baptême des adultes, signe, selon eux, d’une véritable conversion opérée en toute connaissance de cause. L’Eglise Baptiste qui fait actuellement partie de la Fédération Protestante de France en est l’héritière. Le mouvement Mennonite, issu des Pays Bas, surtout représenté dans l’Est de la France, en est une des composantes historiques.

Puis il y eut le mouvement pentecôtiste à la fin du 19° siècle, issu d’un réveil spirituel aux Pays de Galles. Les pentecôtistes prônent le retour à l’Eglise d’origine dont il est question dans le livre des Actes des Apôtres. Ils sont majoritairement favorables aux dons de l’Esprit qui se manifestent par le parler en langues (Glossolalie), les miracles, les guérisons, etc..

La mouvance évangélique compte aussi les Darbystes, mouvement qui prône la pureté des actes et la stricte observance des Ecritures (Ancien et Nouveau Testament), les Méthodistes et plusieurs autres que nous ne pouvons tous citer.

Depuis quand les évangéliques sont-ils supérieurement numériques aux Réformés, et protestants plus traditionnels?

Impossible de répondre de manière certaine à cette question. Pourquoi ? La mouvance évangélique se distingue par une multitude de petites Eglises dont certaines ne sont absolument pas fédérées en grands mouvements nationaux, mis à part les Eglises évangéliques historiques. On peut raisonnablement émettre l’hypothèse que le surnombre date des années 70.

Pourquoi l'Eglise Réformée de France a t-elle perdu autant de fidèles?

Vous me demandez là plus une opinion qu’une information. L’ERF a incontestablement une richesse théologique et philosophique sans égale. Jacques Ellul, Paul Ricœur, décédé dernièrement, en furent quelques unes des grandes figures. Mais l’ERF, en tant qu’institution, a abandonné le caractère professant, lui préférant en quelque sorte le combat politique. Ce mouvement au sein de l’ERF a remporté l’adhésion de plusieurs générations de pasteurs, surtout suite aux événements de Mai 68, bien que certaines paroisses aient déjà pris des positions pro-FLN durant la guerre d’Algérie, croyant lutter contre la colonisation. Ils n'avaient pas tort mais ont certainement laissé quelques plumes spirituelles dans ce combat.

Les protestants Réformés qui ne se reconnaissaient pas dans ce discours de gauche, Théologie de la Libération et autres, se sont tournés vers d’autres Eglises confessantes ou professantes selon le cas. Il faudrait bien sur, approfondir cette distinction. Car l’idée selon laquelle les évangéliques sont de droite et les Réformés de gauche n’est rien de moins que parcellaire et infondée.

Il semblerait qu'au sein de la mouvance évangélique, les Pentecôtistes soient les plus actifs. Qu'en est-il réellement?

Cela a été vrai durant une vingtaine d’années. Je dirais que les Pentecôtistes faisaient plus de bruit. L’Eglise Baptiste était plus discrète dans la manifestation de sa foi, ce qui ne signifie pas qu’elle soit moins convaincue.

Mais, vers les années 75, le Renouveau Charismatique est venu perturber ce bel ordonnancement. Ce renouveau est bel et bien né dans le Protestantisme, même si l’Eglise Catholique n’a pas tardé à lui faire une place, voire le récupérer.

Une des conséquences de ce Renouveau a été une reconnaissance des richesses mutuelles à l’intérieur de la famille protestante. Pentecôtistes, Baptistes, Evangéliques divers, Réformés ont parfois pris l’habitude de se réunir, de prier et d’entamer des actions d’Evangélisation communes, dans le domaine social, parfois avec des Catholiques.
Le premier chapiteau mis à disposition de Coluche aux débuts des Restos du Cœur était la Tente de l'Unité, gérée par un mouvement charismatique composé de Protestants et de Catholiques.

D'après vous, l'évangélisme en France est vigoureux grâce à l'immigration?

Il se passe en France le même phénomène qu’en Afrique ou en Amérique Latine. Les manières de professer la foi chrétienne correspondent mieux à certains types de structures mentales, issues de l’histoire ou de la tradition. Les Eglises évangéliques sont des structures moins pyramidales que l’Eglise Catholique. Chaque Eglise locale est souveraine dans sa manière de professer la foi, donc plus directement en lien avec les chrétiens de la base. Ils ont vraiment l’impression de vivre une foi personnelle, et non plus soumise à une hiérarchie, que celle-ci repose sur un homme, comme chez les Catholiques ou sur un système synodal, comme chez les Protestants Réformés, ce système ayant ses richesses.
Les Eglises évangéliques laissent donc plus de place à la libre expression. Ses célébrations ne comportent aucune liturgie avouée ou clairement définie. On prie ensemble et chacun peut prier à haute voix durant le culte ou les réunions, ce qui, pour certains, correspond mieux à leur conception de la relation au Christ.

Mais on ne peut pas dire pour autant que c’est l’immigration qui donne une nouvelle jeunesse au mouvement évangélique. Celui-ci était vigoureux avant. Puis, je vois ce à quoi vous faites allusion. Les églises évangéliques qui ont fait la Une de l’actualité il y a peu avec cette malheureuse provocation du député Brard, de Montreuil, sont composées en majorité de personnes venant de la Guadeloupe et de la Martinique. On ne peut donc pas parler d’immigration, dans ce cas d’espèce.

N'y a-il pas un risque d'enfermement communautariste?

Je n’en vois pas. Les protestants et évangéliques, qui, il faut le souligner, clament à juste titre leur appartenance à la Réforme, ont plusieurs choses en commun mais l’une est un attachement profond à la communauté nationale. La loi française doit être, selon eux, respectée pour autant qu’elle ne soit pas contraire à la loi divine. C’est ainsi que le concept de désobéissance civile (refus de porter les armes, par exemple) est fortement présent dans certaines Eglises évangéliques (Mennonites, entre autres).
Mais il n’y pas eu de cas ou une Eglise évangélique aurait appelé à des actions revendicatrices plus ou moins violentes contre l’Etat. Cela est étranger à l’esprit protestant qui a historiquement refusé la contrainte et qui refuse encore de la faire subir à d’autres.

Comment fonctionne exactement le financement du culte dans le protestantisme?

Les Protestants sont en général plus généreux avec leur Eglise. Les protestants ont, depuis le début, un rapport à l’argent différent des catholiques. Les grandes banques protestantes sont encore bien présentes dans le monde des affaires. Pour un Protestant, l’argent n’est pas sale. Les protestants n’ont jamais fait de la pauvreté une vertu. La phrase du Christ «rendez à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui est à Dieu» est celle qui est souvent citée lors des collectes.

Ceci étant, la générosité au sein de l’Eglise Réformée de France a une légère tendance à s’évaporer. L’Eglise Réformée de France, malgré ses cris de victoires après chaque synode, va mal financièrement parlant et cela dure depuis une trentaine d’années. Elle pourrait avoir plus de pasteurs mais les protestants donnent de moins en moins, et ils sont surtout de moins en moins nombreux.

Pouvez vous me parler de la dîme?

La dîme est une pratique tirée de l’Ancien Testament (Torah) et de quelques récits des Evangiles. Un chrétien pratiquant ne ressent pas comme une obligation de donner 10 % de ses revenus pour l’Eglise. Il le fait volontiers, parce que c’est une façon de vivre sa foi et son engagement.

C’est ainsi que les Eglises évangéliques ont en général plus de moyens financiers que les protestants traditionnels. Dire que tous les évangéliques pratiquent ce don serait exagéré mais ils tendent à cela. Le revenu des Eglises est donc en adéquation avec cette pratique. Si vous ajoutez à cela certains prédicateurs possédant un réel don de communication, vous obtenez parfois des résultats saisissants.

Est-il vrai que pour le financement des lieux de culte, les Protestants font appel à l'argent public?

En France, le protestantisme traditionnel peut être considéré sous deux angles: La situation des Eglises protestantes en Alsace Lorraine, sous le régime du concordat et ceux de la France de l’intérieur (c’est ainsi qu’eux-mêmes nous nomment de manière ironique). Les pasteurs des Eglises protestantes dans le concordat sont nommés par le ministre de l’Intérieur. Ils sont assimilés aux fonctionnaires et touchent à peu près l’équivalent d’un salaire de professeur de lycée.

Si vous y ajoutez les cours de religion dans les collèges et lycées, qui sont, eux, payés au tarif des heures supplémentaires, vous pouvez parvenir à des revenus confortables en étant pasteur. Les prêtres et les rabbins sont logés à la même enseigne. Les locaux, temples et presbytères sont eux à la charge de l’état ou des communes.

Hors ces deux départements, l’Eglise Réformée a des « arrangements avec le Diable». Bien sûr, elle se dit laïque et prône une séparation totale avec l’Etat, mais dès qu’il s’agit d’installer le chauffage ou refaire la toiture, on fait appel aux collectivités territoriales ou au Ministère de la culture si c’est un bâtiment classé. Et cela arrive souvent.

Comme il arrive aussi souvent qu’une Eglise locale soit obligée de vendre son temple ou son presbytère pour atteindre ses objectifs financiers si les collectivités sont résolument contre le fait d’aider une Eglise. En général, celles-ci ne s’y risquent pas puisqu’elles aident grassement l’Eglise Catholique dans l’entretien de ses locaux. Elles se sentent obligés de faire un peu de même avec les Protestants.

Avez vous entendu parler de certaines communes qui refusent l'implantation de lieu de culte évangélique?

Non, pas véritablement. Mais il n’est pas rare que certains élus locaux deviennent très méfiants dès qu’une Eglise Evangélique prend une certaine importance numérique. La phobie des sectes rend nos élus de plus en plus agressifs.

Il faut dire aussi qu’il y en a peu qui soient véritablement informés de ce qu’est le mouvement évangélique. Il y en a encore qui confondent laïcité et laïcisme. La méconnaissance entraîne la peur et la peur entraîne des tentations de rejet. Ce n’est pas le cas pour l’instant, mais il n’est pas exclu que cela se produise.

Y-a t-il des mouvements évangéliques selon vous qui soit très proches des sectes et qu'il faut éviter de fréquenter?

Bien entendu, certaines Eglises évangéliques ont des comportements sectaires, mais c’est une infime minorité. Toute idéologie, même politique, comporte un aspect sectaire. Les évangéliques sont tout à fait conscients de ce problème. Un pasteur ou un conducteur spirituel peut parfois exercer une immense influence sur sa communauté. Il peut donc la faire partir sur des chemins aventureux. Ce qu’il faut bien comprendre avec les protestants en général, c’est l’individualisme qui est consubstantiel de leur théologie. «Chaque protestant est un Pape, la Bible à la main». Cette phrase résume bien l’état d’esprit protestant. On ne se laisse jamais imposer quoique ce soit de l’extérieur.

"Libre devant Dieu et les hommes", c’est ainsi qu’un protestant se définit. Pour cette raison, un leader protestant évangélique peut, de sa propre initiative, décréter qu’il faut mettre l’accent sur tel ou tel point de doctrine, à un tel point que ceux qui ne pensent pas exactement comme lui sont voués à l’enfer.

Il y a en France plus de 2.000 Eglises évangéliques, pour 48 dénominations. Cela peut désarçonner l’observateur distrait. Et toutes ces églises se sont séparées sur un point de doctrine parfois mineur. Qu’il y en aient certains qui ont dépassé ou dépassent encore les bornes est tout à fait dans l’ordre des choses.

Il faut dire cependant qu’il n’y a jamais eu un seul cas d’atteinte à l’ordre public de la part de ces églises.

Enfin, les évangéliques pratiquent en majorité ce que nous pourrions appeler l’auto-discipline. Lorsqu’un pasteur dérape et part dans un délire sectaire, il entraîne certes des disciples mais il se trouve aussitôt mis à l’écart du mouvement évangélique et son aventure se termine en général avec lui, quand ce n’est pas plus tôt.

Quel est dans les années à venir le grand défi des évangéliques et des protestants en général?

Il y en a plusieurs. Pour les Protestants traditionnels, (Réformés, Luthériens), ce sera de retrouver ce qui fait la force de l’engagement. Ces Eglises ne pourront plus longtemps se contenter de demi-mesures théologiques. La nomination de Ratzinger au poste de Pape est un des symptômes de ce que ces Eglises vont devoir affronter fraternellement et dans le dialogue. Le Catholicisme va se braquer sur certaines positions et il va falloir que les Protestants se définissent par rapport à lui. Nous allons entrer dans une période passionnante de l’Histoire de l’Eglise.

Les évangéliques vont devoir, eux, continuer à démontrer que leur engagement spirituel est compatible avec la vie sociale. Mais, dans une société de plus en plus permissive, et parfois contraire à leurs convictions les plus profondes, cela leur demandera parfois d’être encore plus irréprochables sur l’essentiel de leur message. Et cela passera par une formation théologique poussée des responsables de ces Eglises. Le mouvement évangélique français compte déjà plusieurs théologiens de niveau international (Faculté de Vaux sur Seine et d'Aix en Provence).

Les Evangéliques vont être confrontés à deux religions montantes en France, le matérialisme post-capitaliste et l’Islam. Les arguments apologétiques vont devoir être correctement abordés.

Concernant l’Islam, les évangéliques, qui se font un devoir d’annoncer l’Evangile de manière ouverte, vont être confrontés rapidement à un choix crucial entre conviction et tolérance. Quid par exemple des musulmans qui se convertissent au Christianisme dans ces Eglises et qui sont menacés de mort, ici même, en France, pour apostasie, par leur anciens co-religionnaires?

Ils vont aussi devoir affronter les railleries et les calomnies de la part de médias a-culturés sur le plan de l’histoire des idées et des croyances.
Protestants Réformés ou Evangéliques, tous vont de toute façon être amenés à repenser leur conception de la liberté face à un monde et à des idéologies qui amènent de plus en plus de contraintes.

Pierre Lefebvre

Classé dans : Actualité

Mots clés : evangelique, pratiquant, religion, jésus, france, histoire, protestant, bible